La terre, élément végétal qui sert de substrat, c'est à dire de base matérielle pour les cultures, n'a pas toujours recouvert l'amas de roches de notre planète.

Darwin est l'un des premiers à s'intéresser à cet élément et à sa dynamique, encouragé par un oncle et convaincu par les expérimentations qu'il mènera par la suite. Il mettra en avant le rôle des vers de terre dans le bon équilibre de la terre, ne disposant pas encore du matériel nécessaire pour analyser plus avant.

...le 1er novembre 1837, Darwin présenta devant la Geological Society of London une petite contribution : On the formation of mould (« Sur la formation des sols végétaux ») …

« […] dans lequel il est montré que les petits fragments de marne, de cendres, etc. répandus en couche épaisse sur plusieurs prairies se retrouvent au bout de quelques années à la profondeur de quelques pouces de profondeur, mais tout en gardant le profil de la couche initiale. Ce plongement apparent d'objets superficiels, résulte, comme Mr. Wedgwood de Maer Hall dans le Staffordshire m'en a suggéré au début l'hypothèse, de l'accumulation d'une grande quantité d'une terre très fine, qui est apportée constamment à la surface par les vers sous la forme de leurs excréments cylindriques. Ces excréments sont tôt ou tard étalés à la surface, et recouvrent tout objet resté à la surface du sol. J'ai donc été amené à la déduction que toute la terre végétale du pays est déjà passée de nombreuses fois par les voies digestives des vers, et y passera encore beaucoup6. »

Mais reprenons un peu avant... Après le big bang et l'agglomération des roches qui ont formé notre planète, tout n'était que minéral. L'eau est arrivée et des cellules ont commencé à s'y développer, et produire de l'oxygène. Ce raccourci résume plusieurs centaines de millions d'années.

La vie, d'abord apparue dans les océans il y a plus de 3,5milliards d'années, gagne peu à peu la surface. Des bactéries ont alors commencé à manger les roches, des lichens se sont installés et la terre végétale est née.

Enrichie au travers des âges par des champignons, insectes, microbes, animaux de toutes tailles, feuilles et bois mort, excréments, son volume a peu à peu augmenté et de là est venue la terre arable.

Claude et Lydia Bourguignon, dans le livre Le sol, la terre et les champs, expliquent ces différentes influences de manière très simple :

La macrofaune regroupe les animaux visibles du sol [...], mammifères : les rongeurs creusent de longues galeries permettant à l'eau et à l'air de circuler ; les taupes forment des taupinières et assurent par là un bon mélange des couches de sol, creusent de nombreuses galeries et chassent les vers blancs, larves de hannetons voraces qui entraîne la mort du potager.

La mésofaune, visible également, comprend les invertébrés : crustacés (cloportes), arachnides (araignées et acariens), myriapodes (mille-pattes et iules), insectes, collemboles, protoures, thysanoures, mollusques, vers, nématodes. Ceux-ci se divisent en 3 groupes qui occupent chacun une tache particulière :

  • les épigés vivent et se nourrissent en surface, décomposent la litière et aèrent le sol, transformant les feuilles en dentelle ou les excréments en engrais ;
  • les endogés se nourrissent presque uniquement de racines mortes, permettant à l'air et à l'eau de s'infiltrer, et aux nouvelles racines de pousser ;
  • les anéciques, ou gros vers de terre qui brassent chaque année 300 à 1000 tonnes de terre/hectare via leur tube digestif, évitant le lessivage des sols.

Les micro-organismes, invisibles parce que microscopiques, sont animaux et végétaux, et tout aussi nombreux, sinon plus, et tout aussi actifs : ils mangent la matière organique ou les bactéries, éliminant les corps microbiens en excès et faisant de la place pour assurer le renouvellement des espèces.

Puis vient la micro-flore : champignons, algues, bactéries filamenteuses ou actinomycètes et bactéries :

  • les algues, ayant besoin de soleil, vivent à la surface du sol et se développent sur sol humide, fournissant de la matière organique et fixant l'azote ;
  • les champignons, dont certains ravissent nos papilles, forment des maillages très fins de mycélium et retiennent le sol, appelé stabilité structurale du sol. Ils décomposent également la lignine des plantes, source d'humus ;
  • les actinomycètes sont l'intermédiaire entre bactéries et champignons, d'aspect filamenteux ils sécrètent des antibiotiques et savent effectuer de très nombreuses réactions chimiques : germes thermophiles ils pasteurisent les déchets au compost, minéralisent la matière organique, participent à l'alimentation des plantes et fixent l'azote en symbiose avec certains arbres et arbustes ;
  • les bactéries, par leur extraordinaire variabilité biochimique, transforment toutes les substances du sol et les font entrer dans le monde vivant.

La terre végétale se renouvelle sans cesse et s'enrichit. Résultat du travail de toutes les vies qui la peuplent et la piétinent elle pourrait, si on l'abandonne aux chimistes de Monsanto & Cie et autres déboiseurs-fous, mourir engorgée par trop de polluants, lessivée et érodée, acidifiée...

Chateaubriand disait "La forêt précède les peuples, le désert les suit.", soyons plutôt ceux qui reverdissent le sahara, reverdissent leurs jardins et réapprennent à observer cette terre grouillante de vie de manière pédagogique, scientifique et même (voire surtout) avec les enfants !

Posez la question aux agriculteurs de votre entourage... Peu d'entre eux connaissent la réponse, la chose n'est en effet presque jamais enseignée ou évoquée en lycée agricole...